À propos de nous

L’association « Vignes oubliées » a pour vocation la sauvegarde de la diversité biologique, technique et culturelle du patrimoine viti-vinicole roumain. Cette démarche est le fruit d’une croyance partagée par les membres fondateurs : la diversité est signe de bon fonctionnement d’une communauté, soit elle biologique ou humaine.

Un regard rapide sur la structure de la filière viti-vinicole nationale est suffisant pour saisir la tendance de réduction de la diversité du matériel végétal employé. Selon les données du M.A.D.R. (Ministère de l’agriculture et du développement rural), en 2015 un total de seulement 11 cépages occupent plus de trois quarts de la superficie viticole de la Roumanie: Fetească Regală, Merlot, Fetească Albă, Riesling italien, Aligoté, Sauvignon, Cabernet Sauvignon, Muscat Ottonel, Băbească Neagră, Fetească Neagră et Roșioară. En plus, 70% du marché interne du vin sont partagées par 5 producteurs (Murfatlar, Jidvei, Cotnari, Vincon și Tohani) – voir l’étude publiée sur le site du foire aux vins Prodwein (organisé par Messe Düsseldorf Group) et qui cite toujours le M.A.D.R.

Le rappel de la dimension de ces agents économiques nous permet de passer au deuxième axe qui nous intéresse, celui technique. Il va de soit que la production de volumes si conséquents demande un haut dégrée de mécanisation et, implicitement, une stratégie de standardisation des produits. Des techniques artisanales, anciennes ou plus récentes, sont laissées de côté.

Sur le plan culturel, plusieurs éléments peuvent être évoqués. En voici trois exemples. La treille est présente sur les façades d’une bonne partie des maisons de village et parfois même en villes : soit à côté de maisons individuelles, soit à côté d’immeubles collectifs. Dans un monde où efficacité et rentabilité sont les maîtres-mots, la dimension festive des vendanges disparaît petit à petit. Il ne faut pas oublier les récits qui accompagnent depuis la nuit des temps la production de vin et qui lui confèrent une identité. Nous trouvons regrettable qu’elles disparaissent au détriment de concepts de marketing préfabriqués qui n’ont aucun rapport avec les lieux ou les gens de ces lieux.

En rassemblant tous ces éléments, on voit que bon nombre des vins régionaux disparaissent. Nous nous interrogeons sur la pertinence du sacrifice de la diversité au nom du modèle socio-économique dominant aujourd’hui. Est-il capable de faire ce qu’il propose, c’est-à-dire nous enrichir, ou, au contraire, il nous appauvrit ?

L’espoir de regagner toutes ces diversités vient de la part de l’agriculture vivrière et des (très) petits producteurs. Selon Eurostat, le plus grand nombre d’« exploitations viticoles » européennes se trouvent en Roumanie. La plupart des 850.000 « viticulteurs » appartiennent aux deux catégories citées auparavant. Tous ces gens, avec des racines, bagages culturaux, expériences et visions du monde différentes, pourraient constituer le nuancier nécessaire à la recoloration de la carte viti-vinicole roumaine.

Évidemment, la mise en valeur de cette ressource centrale n’est point possible sans l’élaboration d’un cadre adapté au monde d’aujourd’hui. Sans un minime accès au marché, toute cette richesse s’éteindra. On estime qu’une légère révision des politiques viti-vinicoles nationales, dans le sens de la tolérance, devrait suffire. La définition beaucoup trop restrictive de la « qualité » du vin exclut tous ces producteurs. Au-delà du manque de respect de l’autre comme autre, une telle définition barre leur accès au soutien financier et leur retire, dans certains cas, même le droit de commercialisation.

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